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Les femmes coréennes face à l’esclavage sexuel militaire au XXe siècle

  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture

Avertissement : ce texte traite de violences sexuelles, d’esclavage sexuel et de violences de guerre. Certains passages peuvent être difficiles à lire.



Le XXe siècle a été marqué par de nombreuses atrocités en Europe, ce qui a parfois tendance à occulter les crimes commis au même moment en Asie par le Japon impérial.


Femmes coréennes victimes d’esclavage sexuel, alignées devant des soldats japonais pendant la Seconde Guerre mondiale.
Femmes coréennes victimes d’esclavage sexuel, alignées devant des soldats japonais pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les « femmes de réconfort » : ce nom à la consonance bienveillante cache pourtant une réalité terrible. De 1932 à 1945, le Japon impérial a enfermé plus de 200 000 femmes coréennes dans un système d’esclavage sexuel organisé pour son armée. Beaucoup étaient très jeunes, dont une grande partie était âgée de 12 à 19 ans. La plupart ont été enlevées, d’autres ont été trompées par de fausses promesses de travail. Mais une fois arrivées dans les camps, elles perdaient toute liberté. Elles étaient surveillées, enfermées et forcées de subir des violences sexuelles répétées.


Lorsqu’une femme tombait enceinte, elle n’était pas protégée : elle était forcée d’avorter, parfois par l'administration de médicaments, parfois par la violence physique (coups et maltraitances) pour provoquer une fausse couche. Leur corps ne leur appartenait plus : il était contrôlé par un système militaire qui les traitait comme de simples objets.


Le silence de l'après-guerre

Après la libération de la Corée en 1945, les survivantes n’ont pas vraiment été écoutées. Leur souffrance a été étouffée par la honte sociale, par le silence des familles, mais aussi par les priorités politiques de l’époque. Dans le contexte de la guerre froide, les États-Unis et le gouvernement sud-coréen ont avant tout cherché à construire un État anticommuniste allié à l’Occident.


De plus, une partie importante des anciennes élites liées à la colonisation japonaise a conservé son pouvoir dans la police, l’administration, l’armée ou l’économie. Cela a contribué à retarder la reconnaissance des crimes subis par ces femmes.


Imagine-t-on Laval diriger la France après la Libération ? La comparaison n’est pas parfaite, mais elle illustre le malaise coréen : après 1945, plusieurs figures liées à l’ancien système colonial japonais ont gardé une place prépondérante en Corée du Sud. Park Chung-hee, futur dictateur du pays, était plus qu'un simple ancien militaire formé par le Japon. En 1939, il aurait même envoyé une lettre de candidature accompagnée d’un serment de fidélité écrit avec son propre sang pour intégrer l’armée du Mandchoukouo, un État fantoche contrôlé par l'Empire. Ce détail est symbolique : il montre à quel point certaines figures centrales de la Corée du Sud d’après-guerre étaient enracinées dans l’ancien ordre colonial.


Des « villages-camps » aux bases américaines

Ce silence n’a pas empêché un autre système d’exploitation sexuelle de se développer. De 1950 à 1953, la guerre de Corée a détruit de nombreuses familles et plongé la population dans la misère. Pendant le conflit, puis surtout dans les décennies suivantes, des quartiers appelés kijichon (ou « villages-camps ») se sont développés près des bases militaires américaines.


Femmes coréennes dans un quartier de base militaire américain, années 1950.
Femmes coréennes dans un quartier de base militaire américain, années 1950.

Dans ces lieux, beaucoup de femmes étaient poussées ou contraintes de travailler dans des bars, des clubs ou des maisons closes pour les soldats. Beaucoup étaient issues de familles pauvres, orphelines ou sans protection. Certaines avaient été trompées par de fausses promesses d'emploi, d'autres étaient piégées par les dettes, la surveillance ou les menaces.


L’État sud-coréen a eu une responsabilité directe dans cette situation. Des décisions de justice ont reconnu que le gouvernement avait contrôlé, encouragé ou organisé ces quartiers pour maintenir de bonnes relations avec l’armée américaine. Les femmes étaient parfois obligées de subir des examens médicaux humiliants. Si elles étaient soupçonnées d’avoir une infection sexuellement transmissible, elles pouvaient être enfermées dans des cliniques surnommées les « monkey houses ».


Une mémoire à restaurer

Ces deux histoires, celle des femmes exploitées par l’armée japonaise et celle des femmes exploitées autour des bases américaines, sont distinctes par leur contexte et leurs responsables. Cependant, elles démontrent toutes deux comment, en période de guerre ou de domination militaire, le corps des femmes peut être transformé en outil politique et économique.


Pendant longtemps, ces femmes ont été jugées, oubliées ou réduites au silence. Pourtant, elles étaient des victimes. Aujourd’hui encore, des survivantes et des associations demandent que leur histoire soit pleinement reconnue. Leur combat est essentiel : il rappelle que les violences sexuelles ne doivent jamais être occultées par les intérêts diplomatiques.


À travers notre travail artistique, ma femme et moi abordons régulièrement ce sujet, car nous refusons que ces femmes soient oubliées une seconde fois. Peindre cette mémoire, c’est pour nous une manière de leur rendre une voix et de rappeler que la reconnaissance des crimes de guerre ne doit jamais dépendre des calculs politiques de ceux qui prétendent la défendre.



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